7 r Taillandier

7 r Taillandier

L’acquisition de l’immeuble situé au 7 rue Taillandier à Lannion a été actée le 7 septembre 2020, le local commercial au no9 est également en cours d’acquisition. L’immeuble au no7 date de la fin du XVIème ou début du XVIIème siècle et est inscrit à l’inventaire des monuments historiques. Fin XIXème cet immeuble abritait un hôtel qui pouvait servir jusqu’à 500 couverts en utilisant le jardin situé à l’arrière, aujourd’hui recouvert. Au XXème l’immeuble était aménagé en boutique au RDC et 1er étage avec logement au dessus. La façade à pan de bois combinant ardoises et boiserie est typique des Côtes d’Armor. La peinture est très écaillée et par endroits ne protège plus le bois des intempéries, la façade nécessite un entretien dans les meilleurs délais.

Les figures sculptées aux angles sont très probablement d’époque. Par contre la façade a dû être modifiée plusieurs fois dans son ensemble. Lors de la rénovation il sera intéressant de démonter les panneaux et d’essayer de retrouver les caractéristiques de la façade originale. La déclaration au domaine du Roy de 1688 mentionne un droit d’étal, c’est à dire que le RDC était déjà à vocation commerciale.
Dans la rue Taillandier au 5 un immeuble du XVIème classé monument historique (à gauche) et au 7 un immeuble de la même époque inscrit monument historique (à droite).
Vue aérienne prise par Altibreizh
Article dans l’Ouest France sur la revitalisation du centre de Lannion avec interview de Paul Le BIHAN, maire de Lannion, et Claude CHANDEMERLE, agent immobilier. 18 septembre 2020
Article dans Le Trégor, 17 septembre 2020
Vue d’ensemble no7 et no9. Photo aérienne par AltiBreizh.
Vue arrière de l’ensemble. La partie avec le toit en tôle bleue est en fait une ancienne cour. Le projet de rénovation prévoit de supprimer ce toit afin de retrouver une cour commune aux no7 et no9.

Historique : D’après la déclaration au domaine du Roy, l’immeuble appartenait au XVIIème siècle à Gabriel CALLOET de KERBRAT (1618-1697), Lannionnais distingué, économiste et philanthrope surnommé l’avocat général des pauvres, il fut avocat général de la Chambre des Comptes de Bretagne à Nantes puis conseiller d’état. Il est également l’auteur d’ouvrages consacrés à l’agriculture et à l’élevage et en 1678 il fonda l’hôpital général de Lannion. Une page Wikipedia lui est consacrée, ainsi que sur InfoBretagne.

Blason de Gabriel CALLOET de KERBRAT et son épouse Jeanne LE GOUZ, Dame de Keramoal (Armorial d’HOZIER)

En 1662 suite à un procès perdu qui le ruine, Gabriel CALLOET de KERBRAT vend l’immeuble à sa fille qui épouse en 1673 Jacques THOMÉ (1623-1710), Seigneur de Keridec à Lanmeur. Ce dernier était déjà propriétaire de l’immeuble voisin au no5 suite au partage de la succession de ses parents en 1653. La famille THOMÉ est d’origine d’Irlande. A Lannion cette famille a prospéré et a donné quatre magistrats municipaux à la ville, d’ailleurs tous prénommés Jacques. Le 3ème du nom Jacques Thomé né en 1623 fut successivement Maire de Lannion, Banquier, Conseiller Secrétaire du Roi. En tant que banquier il a accordé des prêts à des nobles, la ville de Lannion même la communauté de religieuses hospitalières de Saint Anne. Un comble car traditionnellement les hommes aisés faisaient plutôt des dons pour ces œuvres. En 1680 il achète une charge anoblissante et meurt en 1710 à l’âge de 87 ans dans son manoir de Crec’hugien à Lannion.

Blasons de Jacques THOMÉ, Seigneur de Keridec, Conseiller Secrétaire du Roi en la Chancellerie de Bretagne et de son épouse Marie Anne CALLOËT

En 1800 l’immeuble à appartenu à Etienne-Joseph LUCAS, Sieur de Kergoat. En 1764 il avait épousé Marie-Jacquette ILIXANT, la fille de Michel ILIXANT, Maire de Lannion en 1723. Le couple LUCAS possédait également le prestigieux hôtel de Kersauson sur la place du centre en face des halles et de l’auditoire.

Plan d’alignement réalisé en 1812 sur les bases du plan d’Anfray de 1763. Ces plans mentionnent surtout les détails côté rue mais s’intéressent peu à l’arrière des bâtiments. L’immeuble du no7 est visible rue de la Rive, juste au dessus du « La ». On note la présence d’une venelle aujourd’hui rejoignant l’église St Jean du Baly depuis la rue. Les 2 immeubles au dessus de « Rive » sont en partie barrés d’une droite, il s’agit d’un projet d’alignement qui a bien été réalisé. Il s’agissait d’élargir les rue et de les aérer.

En 1821 l’immeuble a appartenu à Pierre-Julien-François TANQUERAY, négociant originaire de Granville. Ses affaires ont dû bien prospérer car il réussit à acquérir plusieurs immeubles à Lannion notamment rue Suzeraine avec le Café de l’Orient anciennement hôtel Kersauson, un ensemble de bâtiments rue du Quay juste sous l’église, un ensemble de maisons au pied des Ursulines et même la Corderie Royale acquise en 1830. Après sa mort survenue en 1850, l’essentiel de ses biens seront distribués entre ses 3 enfants mais notre maison rue du Port est vendue à la famille Le GOAZIOU qui possédait déjà plusieurs maisons et commerces rue de Tréguier et rue du Quay où ils résidaient.

Cadastre napoléonien de 1827, l’immeuble est situé sur la parcelle 1071 et donne sur une cour.

En 1851 la famille Le GOAZIOU acquiert l’immeuble, suivie par Pierre Nicolas BRIAND en 1861. En 1894 François COZIC, recteur et aumônier rue Saint Yves, qui possédait déjà un jardin mitoyen devient propriétaire mais deux ans plus tard il le revend à Charles LAMOUR propriétaire de l’immeuble voisin au no5. Charles LAMOUR résidait en fait rue Saint Malo où il possédait déjà plusieurs maisons.

L’immeuble à droite est bien plus récent. A l’origine la rue du Baly passait à cet endroit et comme d’autres venelles moyenâgeuses du centre elle a été fermée pour être remplacée par des bâtiments.
Photo prise dans les années 1900. L’enseigne « Café du Port » est bien visible, la rue s’appelait effectivement la rue du Port à l’époque. Au dessus du 1er étage, la mention: « Salle des 500 couverts » qui confirme la réputation.
Photo prise en 1920, collection du musée Albert-Kahn. La parcelle à droite de l’immeuble n’était pas encore construite. La cour permettait à l’hôtel de servir des repas en extérieur et donnait également accès à la forge située à l’arrière du bâtiment.
Photos de la rue du port, prise depuis le milieu des quais. Les maisons jumelles à pan de bois sont bien visibles. Mais reconnaissez-vous l’immeuble de la pharmacie des quais ?
Photo du milieu XXème. L’immeuble est à l’enseigne CALVEZ ALLAIN, Au petit Breton, Fabrique de meuble (inscription sous la corniche)
RDC avec hauts plafonds, cheminée, poutres apparentes et large porte d’accès à l’arrière. Idéal pour un commerce haut de gamme ou un restaurant.
Salle spacieuse au 1er étage, idéal pour un show room ou une salle de restaurant. La façade à pan de bois donne sur la rue et est dite « à vitrine » les fenêtres courant sur le long de la façade en passant devant la structure en bois. Les murs latéraux ne comportent par contre pas de fenêtre.
Au premier étage les colonnes renflées et cannelées à chapiteau corinthien, typiques de la Renaissance, portaient à l’origine une vitrine complète qui venait se loger sous la
sablière de chambrée de l’étage supérieur.
Appartement à remettre au goût du jour au deuxième étage. Les poutre semblent par contre d’origine et seront mise en valeur dans le projet de rénovation.
Espace à aménager dans les combles. La charpente n’est pas d’époque, elle a dû être refaite au XIXème siècle.
Vue aérienne avec dans le fond la mairie en blanc ainsi que les églises de Saint Jean du Baly et de Brélévenez.
Vue de l’immeuble, côté nord. Au niveau de la toiture on distingue bien 3 étapes de construction, la plus ancienne étant celle de gauche et la plus récente celle de droite. La zone couverte sur le devant était au XIXème la cour du restaurant aux 500 couverts, alors qu’au XVIIème il s’agissait d’une rue reliant la rue du Port à l’église.
Une lucarne de type Renaissance à l’arrière de l’immeuble, sur une façade actuellement peu visible. Le réaménagement de la cour la remettra en valeur.
Vue arrière du bâtiment avec sur la droite l’arrière de l’immeuble du Comptoir Irlandais. A proximité se trouve la fontaine des eaux ferrugineuses de Lannion.
La source des eaux ferrugineuses de Lannion est connue depuis le XVIIème siècle. Un médecin du Roy en a fait l’analyse en 1630 et en a conclu que les eaux étaient très salubres pour la restauration de la santé et contre plusieurs maladies longues. Ces eaux contiennent du fer, du soufre et du vitriol. Plusieurs personnalité dont le corsaire malouinDuguay-Trouin et le Duc d’Aiguillon ont suivi ici des cures au cours du XVIIIème siècle. Aujourd’hui la source n’est malheureusement plus potable et son débit a fortement diminué.