7 r Taillandier

7 r Taillandier

L’acquisition de l’immeuble situé au 7 rue Taillandier à Lannion a été actée le 7 septembre 2020, le local commercial au no9 le 10 mars 2021. L’immeuble au no7 date probablement de la fin du XVIème et est inscrit à l’inventaire des monuments historiques. Fin XIXème cet immeuble abritait un hôtel qui pouvait servir jusqu’à 500 couverts en utilisant le jardin situé à l’arrière, aujourd’hui recouvert. Au XXème l’immeuble était aménagé en boutique au RDC et 1er étage avec logement au second. La façade à pan de bois combinant ardoises et boiserie est typique des Côtes d’Armor par contre l’état sanitaire de l’ensemble est inquiétant et nécessite une rénovation dans les meilleurs délais. Le projet vise une réhabilitation complète de l’ensemble des 7-9 rue Taillandier avec la création de 2 commerces et 4 à 5 appartements en fonction des autorisations.

Immeuble à pan de bois avec façade à vitrine, probablement des années 1600 voire un peu avant. La déclaration au domaine du Roy de 1678 mentionne un droit d’étal, c’est à dire que le RDC était déjà à vocation commerciale. Lien entre l’ancien port et le centre historique la rue Taillandier, ou rue du Port, était un lieu de commerce et de négoce.

Sommaire
1. Albums photos
2. Articles de presse
3. Calendrier des travaux rénovation
4. Particularités architecturales
5. Datation de la construction
6. Historique des propriétaires
7. Nom de la rue

1. Albums photos

L’immeuble de gauche au no5 est classé monument historique, celui de droite au no7 est inscrit monument historique.
Vue aérienne prise par Altibreizh
Vue d’ensemble no7 et no9. Photo aérienne par AltiBreizh.
Vue arrière de l’ensemble. La partie avec le toit en tôle bleue est en fait une ancienne cour. Le projet de rénovation prévoit de supprimer ce toit afin de retrouver la cour d’origine.
Vue actuelle des immeubles aux 7 et 9 rue Taillandier, ancienne rue du Port.
RDC avec hauts plafonds, cheminée, poutres apparentes et large porte d’accès à l’arrière. Idéal pour un commerce haut de gamme ou un restaurant.
Salle spacieuse au 1er étage, idéal pour un show room ou une salle de restaurant. La façade à pan de bois donne sur la rue et est dite « à vitrine » les fenêtres courant sur le long de la façade en passant devant la structure en bois. Les murs latéraux ne comportent par contre pas de fenêtre.
Appartement à rénover au deuxième étage. Les poutres semblent par contre d’origine et seront mises en valeur dans le projet de rénovation.
Espace à aménager dans les combles. La charpente n’est pas d’époque, elle a dû être reconstruite au XIXème siècle.

2. Articles de presse

25/03/2021: Le Trégor « Deux ans de travaux pour deux immeubles historiques »

23/03/2021: Le Télégramme
« La cure de jouvence de l’ancien Café du Port ».

02/10/2020 Le Télégramme : « Un couple investit dans les veilles pierres du centre lannionnais » en pleine page
18/09/2020 Ouest France : « Ils croient en Lannion et investissent dans sa pierre » avec interview de Paul Le BIHAN, maire de Lannion, et Claude CHANDEMERLE, agent immobilier.
17/09/2020 le Trégor

3. Calendrier des travaux

Calendrier prévisionnel des travaux:
Mars 2021: désamiantage
Avril 2021: déposes intérieures et réouverture de la cour arrière
Mai 2021: diagnostics historique, structurel et sanitaire
Juillet 2021: dépôt du permis de construire
Avril 2022: début du chantier de réhabilitation
Décembre 2023: réception du chantier et mise en location des appartements

4. Particularités architecturales

Photo prise dans les années 1900. L’enseigne « Café du Port » est bien visible, la rue s’appelait effectivement la rue du Port à l’époque. Au dessus du 1er étage, la mention: « Salle des 500 couverts » qui confirme la réputation.
Photo prise en 1920, collection du musée Albert-Kahn. La parcelle à droite de l’immeuble n’était pas encore construite. La cour permettait à l’hôtel de servir des repas en extérieur et donnait également accès à la forge située à l’arrière.
Photos de la rue du port, prise depuis le milieu des quais. Les maisons jumelles à pan de bois sont bien visibles. Mais reconnaissez-vous l’immeuble de la pharmacie des quais ?
Au premier étage les colonnes renflées et cannelées à chapiteau corinthien, typiques de la Renaissance.
Vue aérienne avec dans le fond la mairie en blanc ainsi que les églises de Saint Jean du Baly et de Brélévenez.
Vue de l’immeuble, côté nord. Au niveau de la toiture on distingue bien plusieurs étapes de construction, la plus ancienne étant celle de gauche et la plus récente celle de droite. La zone couverte sur le devant était au XIXème la cour du restaurant aux 500 couverts, alors qu’au XVIIème il s’agissait d’un jardin et d’une allée reliant la rue du Port à l’église.
Une lucarne de type Renaissance à l’arrière de l’immeuble, sur une façade actuellement peu visible. Le réaménagement de la cour la remettra en valeur.
Vue arrière du bâtiment avec sur la droite l’arrière de l’immeuble du Comptoir Irlandais. A proximité se trouve la fontaine des eaux ferrugineuses de Lannion.

5. Datation de la construction

Par analyse de style, les architectes des monuments historiques évaluent la date de construction de la façade à pan de bois autour des années 1600. Les archives quant à elles ne donnent pas de précision sur cette période reculée, les première indications de l’immeuble date des années 1650. Or lors des guerres de la Ligne un grand incendie a ravagé Lannion en 1598. Cet immeuble a-t-il échappé à l’incendie, ou s’agit-il d’une reconstruction. Aujourd’hui aucun élément ne permet de trancher le débat. Une analyse par dendrochronologie est prévue avant l’été, celle-ci permettra de connaître la date exacte de construction et par déduction dans les archives permettra éventuellement d’en connaître le constructeur.

6. Historique des propriétaires

La déclaration au domaine du Roy à Lannion de 1678 conservée aux Archives Nationales constitue le fond d’archives le plus ancien relatif à cet immeuble. La retranscription de ce fond réalisée par Yves BRIAND, archiviste de la ville de Paris, nous a permis de reconstituer l’histoire de l’immeuble au XVIIème siècle. Cette déclaration de 1678, décrit ainsi l’immeuble: Maison avec droit d’étal, cour et jardin, logements au derrière et droit de sortie par une allée. La mention de droit d’étal confirme le caractère commercial de l’immeuble, au moins de son RDC. La cour et les jardins débouchaient sur une allée donnant accès directement à l’église Saint Jean du Baly.

Déclaration au Domaine du Roy, rue du Quay, 1678

Le premier propriétaire connu est Gabriel CALLOET de KERBRAT (1618 – 1697) marié à Jeanne Le GOUZ en 1639. La famille CALLOET est d’origine de Plouigneau (à proximité immédiate de Morlaix) où elle possède le manoir de Lannidy sur une période de quatre siècles. Entre 1620 et 1630 une branche de la famille s’installe à Lannion, probablement en raison de la présence de l’auditoire qui attire en centre ville nobles et hommes de loi. Lannionnais distingué, Gabriel CALLOET fut économiste et philanthrope surnommé l’avocat général des pauvres, il fut avocat général de la Chambre des Comptes de Bretagne à Nantes en 1642 puis conseiller d’état en 1647. Aujourd’hui il est surtout connu comme précurseur dans l’agronomie avec l’amélioration des races locales de vaches et de chevaux. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à l’agriculture et à l’élevage, qui lui ont donné une dimension nationale dont une correspondance avec Colbert. En 1678 il fonda l’hôpital général de Lannion. Revenu à Lannion suite à une lettre de bannissement en 1690, il vit pratiquement dans l’anonymat jusqu’à son décès en 1697 à l’âge de 80 ans. Une page Wikipedia lui est consacrée, ainsi que sur InfoBretagne.

Blason de Gabriel CALLOET de KERBRAT et son épouse Jeanne LE GOUZ, Dame de Keramoal (Armorial d’HOZIER)
Signature de Gabriel CALLOET de KERBRAT en 1663

En 1662 suite à un procès perdu qui le ruine, Gabriel CALLOET de KERBRAT vend l’immeuble à sa fille qui épouse en 1673 Jacques THOMÉ (1623-1710), Sieur de Keridec, bourgeois et marchand de la ville de Lannion qui fut anobli par la suite. Ce dernier était déjà propriétaire de l’immeuble voisin au no5 suite au partage de la succession de ses parents en 1653. La famille THOMÉ était d’origine d’Irlande. A Lannion cette famille a prospéré et a donné quatre magistrats municipaux à la ville, d’ailleurs tous prénommés Jacques. Le 3ème du nom Jacques THOMÉ né en 1623 fut successivement Banquier, Maire de Lannion, Conseiller Secrétaire du Roi. En tant que banquier il a accordé des prêts à des nobles, la ville de Lannion même la communauté de religieuses hospitalières de Saint Anne. Un comble car traditionnellement les hommes aisés faisaient plutôt des dons pour ces œuvres. Il meurt en 1710 à l’âge de 87 ans dans son manoir de Crec’hugien à Lannion.

Blasons de Jacques THOMÉ, Seigneur de Keridec, Conseiller Secrétaire du Roi en la Chancellerie de Bretagne et de son épouse Marie Anne CALLOËT
Signatures du testament de Jacques THOME et Marie Anne CALLOET en 1710

En 1800 l’immeuble est possédé par Etienne-Joseph LUCAS, Sieur de Kergoat. En 1764 il avait épousé Marie-Jacquette ILIXANT, la fille de Michel ILIXANT, Maire de Lannion en 1723. Le couple LUCAS possédait également le prestigieux hôtel de Kersauson sur la place du centre en face des halles et de l’auditoire.

Signature de Etienne-Joseph LUCAS, Sieur de Kergoat, lors de son aveu de l’hôtel de Kersauson en 1777
Plan d’alignement réalisé en 1812 sur les bases du plan d’Anfray de 1763. Ces plans mentionnent surtout les détails côté rue et s’intéressent assez peu à l’arrière des bâtiments. L’immeuble du no7 est visible rue de la Rive, juste au dessus du « La ». On note la présence d’une venelle aujourd’hui disparue rejoignant l’église St Jean du Baly. Par contre le bâtiment de logements à l’arrière de l’immeuble est absent de ce plan. Les 2 immeubles au dessus de « Rive » sont en partie barrés d’une droite, il s’agit d’un projet d’alignement qui a bien été réalisé. Il s’agissait d’élargir les rues et de les aérer.

En 1821 l’immeuble est possédé par Pierre-Julien-François TANQUERAY, négociant originaire de Granville. En 1823 le recensement indique que la maison est un magasin sans habitant, la fonction de l’immeuble était donc purement commerciale et probablement liée à l’activité du port. Ses affaires ont dû bien prospérer car il réussit à acquérir plusieurs immeubles à Lannion notamment rue Suzeraine avec le Café de l’Orient anciennement hôtel Kersauson, un ensemble de bâtiments rue du Quay juste sous l’église, un ensemble de maisons au pied des Ursulines et même la Corderie Royale acquise en 1830. Après sa mort survenue en 1850, l’essentiel de ses biens seront distribués entre ses 3 enfants mais notre maison rue du Port est cédée à sa fille mariée à Pierre Marie Le GOAZIOU, négociant de Tréguier, qui possédait déjà plusieurs maisons et commerces rue de Tréguier à Lannion et rue du Quay où ils résidaient.

Suite au décès de Pierre-Julien-François TANQUERAY en 1850, délivrance de leg avec la signatures des membres de la famille TABQUERAY et de Le GOAZIOU
Cadastre napoléonien de 1827, l’immeuble est situé sur la parcelle 1071 et donne sur une cour. Le bâtiment de logements à l’arrière de l’immeuble est bien visible et présente une mitoyenneté avec deux maisons dans la cour de la fontaine d’eau ferrugineuse.

En 1851 la famille Le GOAZIOU acquiert l’immeuble, suivie par Pierre Nicolas BRIAND en 1861. En 1894 François Le COZIC, recteur et aumônier rue Saint Yves, qui possédait déjà un jardin mitoyen devient propriétaire mais deux ans plus tard il le revend à Charles LAMOUR propriétaire de l’immeuble voisin au no5. Ces immeubles devaient être mis en location car Charles LAMOUR résidait en fait rue Saint Malo où il possédait déjà plusieurs maisons.

Signatures d’acte notariés: François Le COZIC cède l’immeuble à Charles LAMOUR en 1894

En 1919 l’immeuble et ses dépendances sont vendues par adjudication à Jean le CALVEZ, marchand de meubles, et son épouse Jeanne ALLAIN pour la somme de 19.100 francs, selon l’INSEE l’équivalent de 2.5 millions d’Euros aujourd’hui !

Photo du milieu XXème. L’immeuble est à l’enseigne CALVEZ ALLAIN, Au petit Breton, Fabrique de meuble (inscription sous la corniche). L’immeuble à droite est récent. A l’origine la rue du Baly passait à cet endroit et comme d’autres venelles moyenâgeuses du centre elle a été obturée et remplacée par des constructions.

7. Nom de la rue

La rue Emile le Taillandier s’appelait autrefois la rue du port ou rue de la rive. C’est ici qu’on effectuait les pesées du roi qui déterminaient les taxes pour chaque marchandise. Elle a ensuite été renommée en mémoire du maire de Lannion Emile de Taillandier qui succéda à Emile Depasse. Il fut maire entre 1876 à 1888 et a notamment inauguré la ligne de chemin de fer entre Plouaret et Lannion, qui permettait pour la première fois de rejoindre Paris en train.
La source des eaux ferrugineuses de Lannion est connue depuis le XVIIème siècle. Un médecin du Roy en a fait l’analyse en 1630 et en a conclu que les eaux étaient très salubres pour la restauration de la santé et contre plusieurs maladies longues. Ces eaux contiennent du fer, du soufre et du vitriol. Plusieurs personnalité dont le corsaire malouin Duguay-Trouin et le Duc d’Aiguillon ont suivi ici des cures au cours du XVIIIème siècle. Aujourd’hui la source n’est malheureusement plus potable et son débit a fortement diminué.